Chapitre 12 : Une pulsion animale

   Le soleil s’évanouissait dans sa gloire. Des appels vibraient dans le silence, caresses d’effluves ; les mâles devaient attirer les femelles tremblantes, dans le bois. On entendait parmi les branches des battements d’ailes effarés. On croyait percevoir sur la mousse les pas furtifs de quelque biche s’en allant vers le Roi de la Vallée, dont l’écho répétait les bramements prolongés. Et tous ces cris venaient aboutir au cœur de Gab, grandis en clameur d’amour. Dans la plaine, les cloches tintèrent isolément. Sans notion exacte, Gab fut hanté de Daudet ; il relut mentalement la Chèvre de M. Seguin. Son corps était inquiet, son cœur était en peine. Tout d’un coup avec une perception aiguë, il entendit des pas se rapprocher. Alors de loin il aperçut une femme qui venait. Il en eut une volupté secrète. Immédiatement il se cacha derrière la cabane. La femme arrivait. Il écouta son souffle, devina les pulsations de ses artères. Quand elle fut passée, il hésita, n’entendant plus de bruit. Alors il avança la tête et vit qu’elle s’était assise pour tasser dans un panier des légumes et des œufs. Le jour agonisant auréolait la paysanne. Gab remarqua que ses cheveux légers étaient comme des fils de la Vierge, que ses yeux étaient profonds. Il vit la bouche forte, les lèvres épaisses et rouges, plus rouges que le rouge soleil, et il ressentit d’avance leur morsure. Sa curiosité s’étant aiguisée, il chercha les contours du torse, de chaque membre, de chaque muscle. De nouveau il sentit en lui la germination. Ses regards n’étaient plus nets. Ses oreilles tintaient, ses ongles entraient dans ses paumes. Tout le fluide de l’orage prochain s’était emparé de Gab… Et le soleil, presque au ras de l’horizon, symbolisait un sexe… 

  
Un cri féroce, puis un autre cri d’épouvante…, Gab s’abat sur la femme évanouie, arrache la jupe, relève, fouille les linges de ses doigts affolés et se colle, avec des spasmes, au corps inerte, longuement…
 
   Lorsqu’il se releva et qu’il fut en face de sa conscience, sans une parole et sans un geste, Gab se sentit écrasé, avec un gouffre dans l’âme. Et, tandis que les lueurs suprêmes s’évanouissaient derrière la plaine, que le ciel s’apaisait aux approches de la nuit, Gab, coupable et déchu, s’enfuit en hurlant comme une bête.

Retour accueil