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<title>Le mâle - chap-3</title>
<description>Le mâle</description>
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<title>Chapitre 3 : La Galerie</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (clemthom)</author>
<category>06. (Chap. 3) La Galerie</category>
<pubDate>Thu, 13 Mar 2008 17:47:00 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; Comme l’installation était à peine terminée et que d’ailleurs la pluie lui interdisait la réalisation immédiate de son désir, Gab fit avec sa chatte, qu’il avait emmenée, le tour du propriétaire, plus pour découvrir de petits coins ignorés que pour inventorier les pièces d’un usage ordinaire.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; Il existait une sorte de réduit que le peintre s’était réservé et où il avait mis en dépôt des cartons, receleurs de vagues ébauches, et ce qu’il appelait dévotement sa Galerie. De cette galerie, Gab n’avait jamais entendu que les plus grands éloges sans toutefois l’apercevoir jamais. C’était une collection de toiles signées de ceux qui furent, au temps de &lt;a href=&quot;http://lemale.hautetfort.com/archive/2008/03/14/l-exposition-derniere.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;b&gt;l’Exposition dernière&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;, les prétendus novateurs en art. Ils fleurissaient, à cette époque déjà lointaine, dans les mêmes académies où l’on rencontrait des poètes de trente ans aux longs cheveux, aux airs tragiques, dont la redingote était au col saupoudrée de pellicules, tel un ciel d’étoiles, et qui, par intelligence supérieure, n’avaient jamais rien écrit. Au reste, Gab avait pour eux le respect que l’on porte aux gens extraordinaires. Son honnêteté en belles-lettres et en peinture, faute de pouvoir s’effaroucher, s’étonnait. Et il sentait vaguement que de pareils génies n’ayant lu ni produit quoi que ce soit au monde, devaient être pour le moins bien au-dessus lui. Aussi en s’approchant de la porte derrière laquelle s’abritaient tant de chefs-d’œuvre incompris, eut-il une émotion exquise et légitime. Pour la première fois son âme comprit l’intensité de ce drame dont Barbe Bleue est le héros, et dont, jusqu’alors, les exploits diaboliques n’avaient pas réussi à l’enthousiasmer.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; Aussi bien les enfants, si curieux par eux-mêmes, ne peuvent-ils en apprécier la délicate saveur.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; Il passa le seuil et il fut aveuglé. Non point que les tonalités des tableaux eussent impressionné sa vue, on ne les distinguait pas&amp;nbsp;; mais une vieille étoffe obstruant la fenêtre empêchait l’infiltration du jour. Comme ce matin-là coïncidait avec la première tombée de neige, le froid ayant augmenté, Gab était saturé d’éclatante blancheur, et son âme était douce… Posément, il chercha, à tâtons, le moyen de ramener la clarté. Il se prit le pied dans un cordon et manqua se blesser. Un châssis tomba avec mauvaise humeur. Il eut le nez chatouillé d’une toile qu’à ses heures de spleen une araignée avait tressée. Et Gab, charmé par son initiation de néophyte, ne manqua pas d’admirer l’esprit caché des choses. Peu à peu son regard s’habitua, lui fit apercevoir une longue perche qui se trouvait dans un coin, et l’ayant saisie, il tira le rideau.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; Vert, violet, orange, jaune d’or, rouge, bleu de toutes qualités, diapasons les plus heurtés, jeux de lumière, noir, blanc, ocres et terres &lt;a href=&quot;http://lemale.hautetfort.com/archive/2008/03/14/aussi-brulees-que-saint-laurent.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;b&gt;aussi brûlées que saint Laurent&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;, jeux de pénombre, le tout enclavé en des dessins harmonieux par théorie, apparurent humblement cloués sur ce mur de maison bourgeoise. Gab regarda avec attention, mais comme cette attention ne lui produisait qu’un résultat de concordances désagréables, il se souvint des préceptes et cligna des paupières.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; Et il eut peur de ce qu’il vit… car c’étaient vraiment des paysages aux crudités si sensuelles, qu’il lui semblait recevoir sur les prunelles des baisers sauvages et farouches, paysages brossés par des névrosés, des &lt;a href=&quot;http://lemale.hautetfort.com/archive/2008/03/14/phtisiques.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;b&gt;phtisiques&lt;/b&gt;&lt;/a&gt; et des fous, où la nature, torturée, saigne comme une créature bestiale. Car c’étaient des portraits, plutôt des masques, sur lesquels on pouvait lire les tares indélébiles, les vices, les plaies morales. Chaque muscle saillant exprimait la douleur ou la joie féroce. Un des tableaux représentait &lt;a href=&quot;http://lemale.hautetfort.com/archive/2008/03/14/une-scene-vecue-de-baudelaire.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;b&gt;une scène vécue de Baudelaire&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;. Un homme, la tête enfoncée dans son bonnet de fourrure, la face simiesque aux yeux bridés, hagards, aux pommettes saillantes, au nez de chien, dont toute la chair semblait en rut, regardait une statuette de femme dont le torse était nu. En un accès de sadisme, il s’était coupé l’oreille, et levant d’une main le couteau où se figeait du sang, il collait de l’autre ce lambeau de lui-même aux lèvres du bibelot. Attiré malgré lui, Gab ressentit la pression des doigts que cet homme appliquait farouchement. Il remarqua l’épouvantable fidélité avec laquelle le peintre avait rendu l’expression de son modèle. L’extrémité des phalanges était pâlie par l’effort et sur la bouche du violateur se crispait un éperdu désir.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; Et Gab, docile à sa nature ne vit plus autre chose&amp;nbsp;; car il avait pour précepte que l’art, avant tout, joue le rôle d’émotif. Et l’émotion de dégoût ressentie à l’entrée le transportait de reconnaissance.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; Après quelques moments de contemplation il quitta la galerie. Il voulait rester sur l’impression première. En descendant jusqu’à sa chambre, située à l’étage inférieur, il réfléchit à l’infinie beauté de vivre qui, jusque dans ses manifestations les plus basses, conserve un je ne sais quoi de superbe.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://lemale.hautetfort.com/chap-4/&quot;&gt;Suite : chapitre 4&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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